En ligne depuis 2003, PassionVélo est un site web unique en son genre soucieux de faire connaître ce qu’il y a de mieux, à tous les types de cyclistes, partout dans le monde! goVélo!

Accueil > Récits de voyage > Guatemala
En 2001, Catherine Bergmiller a attrapé le virus du vélo et dès mars 2002, elle quittait son Québec adoptif pour un périple de 800 km au Chili en compagnie de l'increvable Chrystine Roy et Catherine Corne, une Fée elle aussi.
En moyenne, c'est 30 kg de bagages bien roulés et solidement fixés que Catherine, Chrystine et Anne-Marie devront tirés tout au long de ce voyage au travers les sommets du Guatemala. Catherine m'assure qu'elle n'a aucun programme d'entrainement et que seul son enthousiasme et l'adrénaline suffisent(dans son cas) à rouler dans ces conditions.
Elles ont quitté Montréal le matin du 14 mars, un vol qui les déposera, en passant par Miami à Guatemala City. Anne-Marie Alder, Catherine Bergmiller et Chrystine Roy sont membres de L'Équipe Les Fées et elles ont un goût de l'aventure et du voyage hors du commun. À leur agenda jusqu'au 30 mars, environ 396 km de vélo dont 237 sur des routes de terre battue souvent en mauvais état et en terrains montagneux. Pensez au Grand Tour et soustrayez tous les avantages qui font sa popularité. Mais n'ayez aucunes craintes, elles ont l'habitude de souffrir et personnellement, je crois qu'elles aiment ça!
«Ceux qui me connaissent bien le savent; Mon corps ne fonctionne pas correctement quand il fait trop chaud. Il fait plus de 30°C et je souffre.» raconte Catherine.
«Nous sommes donc parties (Chrystine, Anne-Marie et moi) le 14 mars à 6h20... oui du matin! Des connaissances d'Anne-Marie (genre la soeur d'un gars que connaît sa tante) sont venus nous chercher à l'aéroport, nous ont prêté leur patio pour assembler nos vélos et nous ont permit de ranger nos boîtes de transport jusqu'à notre retour. On a passé la nuit chez une amie de Chrystine qu'elle a réussi à joindre in extremis.» ajoute-elle.
«Samedi, nous devions faire le trajet en bus jusqu'à Granados(60 km) puis enfourcher nos vélos pour 36 km jusqu'à Rabinal mais nous avons attendu le bus pendant 2 heures... nous avons alors décidé de le prendre jusqu´à El Chol. Un espèce de "chicken bus" dans lequel il y a toujours de la place pour une personne de plus. Ce sont des routes de terre, il y a des trous partout et quand 3 adultes et 1 enfant occupent la même banquette pour 2, c'est un peu inconfortable. À El Chol, vers 15h nous nous sommes ruées sur le premier resto (le seul sans doute) mais surtout vers les toilettes.» dit-elle.
«Nous savions très bien qu'on ne pourrait pas respecter notre itinéraire prévu avant la
nuit alors nous avons trouvé un pick-up pour nous emmener à destination ainsi qu'une
quinzaine de personnes qui revenaient d'un marriage (incluant la mariée), dans le même camion!
Moins chaud que le bus mais tout aussi entassé et très poussiéreux. Nous
avons mangé au marché de Rabinal et avons essayé de dormir dans une chambre
d'un "hospedaje" qui donnait sur une rue très bruyante.» rajoute-elle.

«Enfin, le lendemain (dimanche 16 mars) nous avons quitté Rabinal sur nos vélos. Ouf! Enfin on pédale. J'ai vite déchanté quand on a commencé à monter et que la chaleur est apparue. On devait aller de Rabinal à Salama (dénivelé négatif) puis de Salama à Tactif (gros dénivelé positif). Alors si on avait monté comme des fous entre Rabinal et Salama le reste était de la folie pure pour le premier jour surtout par cette chaleur! Nous avons décidé de changer de route, de passer par Las Cumbre (en pick-up) puis de rouler jusqu'à Purulla, une petite communauté très rurale au milieu des montagnes. Nous nous sommes quand même tapés 65km de vélo bien chargés avec une montée continue de 10km, c'est loin d'être une petite journée! Le resto n'était même pas indiqué, en fait, c'est une dame qui sert des repas quand les visiteurs lui demande. nous avons d'ailleurs mangé dans sa cuisine. Une seule auberge, heureusement très coquette. On se demande bien ce qu'il fait là car il ne cadre pas du tout avec ce qu'il y a autour.» ajoute Catherine.
Nous nous sommes levées à 5h45 en espérant rouler le plus possible avant la grande chaleur. Une décision qui a fonctionné à merveille! Faut dire que la route était aussi nettement plus facile qu'hier. Nous sommes donc passées par Tactic pour finir à Coban vers 11h le matin. Environ 50 km de routes vallonnées bien garnies de belles descentes. C'était vraiment joli! Vert de cultures sur des pentes incroyables, des petites maisons plantées au bout d'étroits sentiers escarpés et ces Mayas en jupes avec des hauts brodés très colorés pour les femmes...et le sombreros pour les hommes. Attention ça n'a rien à voir avec des chapeaux mexicains mais plutôt genre cow-boys.» raconte Catherine.
«Comme prévu, cette journée de congé était prévue dans le but de visiter Semuc Champey. Dès notre arrivée sur le site, nous comprenons pourquoi tant de gens se tape 3 heures de minibus sur ces routes de terres escarpées pas toujours rassurantes. Je me répète, c'est magique ici! Aucune photo ne pourra décrire la beauté de ces paliers de bassins reliés par de petites chutes. L'eau, provenant d'une rivière sous les rochers, est d'un bleu magnifique.»
Mercredi 19 mars. Coban-Uspantan
«Nous avons quitté Coban par bus vers St-Christobal car nous devons revenir sur nos pas pour débuter notre itinéraire vélo. La levée du corps se fait dorénavant à 5h du matin(il fait noir) afin de rouler le plus de distance possible avant la forte chaleur du jour. Nous sommes maintenant en selle sur ce qu'on appelle une route de terre rocheuses en très mauvaise condition. C'est frustrant car nous grimpons en moyenne à 4 km/h et les descentes s'attaquent à 12 km/h au plus à cause du mauvais état de la chaussée. Au bout de 10 km de montées et descentes, c'est une nouvelle descente continue très technique sur près de 25 km de long debout sur notre monture à éviter les trous incalculables. Les cyclistes de montagne expérimentés comprendront la difficulté de cette section, où notre corps, mais surtout le bout des doigts jusqu'au cou subissent des vibrations constantes qui deviennent complètement insupportables.
Finalement, nous atteignons le bas de la côte non sans difficultés, il est 11h et le mercure indique déjà 40 Celcius même à l'ombre. Même si Anne-Marie et Chrystine était prête à rouler une partie sur le plat avant la prochaine montée, c'est en pick-up que nous avons cheminées. Dois-je vous répétez que je supporte mal la chaleur? Après un repos bien mérité à Chicaman, à 15h alors que la chaleur est moins intense, c'est encore vers le haut que nous devons mouliner. Seule consolation; plus nous grimpons, plus la température devient confortable. Motivant non? Notre destination journalière se pointe vers 18h, c'est Uspantan. Nos statistiques sont à couper le souffle, 44 km à 9 km/h de moyenne!
Les Fées se lèvent à 5h, c'est encore la nuit et les vêtements de la veille ont à peine séchés et il y a trop de poussières sur cette route pour les laissés sécher sur les vélos. Au programme aujourd'hui, beaucoup de montées et un mercure haut en degrés. «À chaque virage, Chrystine me dit c'est probablement le dernier mais après ses quelques tentatives pour m'encourager, je ne la crois plus! La cerise sur la sundae, c'est lorsqu'un camion de crème glacée nous dépasse en pleine montée avec une petite musique joyeuse et pour en remettre, un deuxième camion du même genre...AAAHHHHHHH!!!! La chaleur fait déjà son oeuvre à notre arrivée à Cunen où nous prenons le lunch à l'ombre. À 14h30, mon corps est en ébullition et ma tête tourne alors je décide de laisser Anne-Marie et Chrystine affronter la montée et me faire conduire au sommet en camion d'où je les attendrai. Je passe le temps en distribuant des ballons aux enfants tout en leur montrant nos photos du voyage en cours.
-Pas si pire la côte me disent-elles!
Aucun regret. Nous débutons la descente (Youppi!) en route pour le village de Sacapulas où le Rio Negro traverse en y créant des piscine d'eau chaude dans lesquelles les femmes du village y font la lessive. Parlant de lessive, nous sommes sales, gluantes, collantes et au seul motel que nous trouvons, dépourvu de douche, nous devons nous laver sous la fontaine de la cour intérieure. Tout un spectacle les gars... mais nous n'avons pas de photos!
Bilan: 44 km et une nuit sur des ressorts de matelas!
Nous nous habituons au réveil malgré la noirceur et c'est sur la pavé que nous débutons notre journée. Ça fait drôle! Moins drôle quand Chrystine, la mécano, me fait la grimace en voyant ma pédale de droite; Problème!! Elle va certainement lâcher mais quand? Quelques 5 ou 6 km de plats se transforment graduellement en faux plats et aussitôt en une montée indéterminée...J'ai mal à la tête, mes jambes tremblent et mon corps se sent comme une bouilloire sur un poêle à bois. Je dois boire plus d'eau et prendre une pause pendant laquelle mes amies Fées m'asperge de leur eau pour m'aider. Quelle chaleur! Dire que vous êtes au frais au Canada, je suis presque jalouse, croyez-moi!
À un demi km du sommet d'une montée d'une trentaine de kilomètres, Pepsi nous souhaite la bienvenue au sommet sur un panneau; "Bienvenidos a la cumbre"! Et c'est aussitôt arrivé en haut que ma pédale cède comme si elle avait su quand le temps était venu... Mon honneur est sauvé! La descente jusqu'à Santa Cruz Del Quiche se fait en camion où nous trouvons un soudeur pour fixer ma pédale pour le reste du voyage. C'était la seule solution et l'idée d'Anne-Marie. Distance totale: 35 difficiles km et chaleur torride.
Nous faisons la grasse matinée et nous prenons le petit déjeuner avant notre départ pour Chichicastenango qui selon les locaux est à 15 km et selon notre carte à 30 km, un détail quoi! Donc, si je me fie à la marge d'erreur jusqu'à maintenant, nous roulerons entre 15 et 50 km aujourd'hui. Monte, descend, monte, descend ainsi que 3 petites montées en lacets dans une forêt de pins à l'abri des chauds rayons du soleil, moi, ma pédale ainsi que mes compagnonnes de voyage arrivons, 17 km plus tard, à Chichicastenango, bingo! Nous venons de gagner 2 jours de congé et le temps est frais.
«Je suis en charge du réveil et ce matin, je me suis rendormie...alors on s'est levé tard à 6h30. Aujourd'hui, c'est jour de marche à Chichicastenango et parait qu'il faut y être tôt pour voir l'action. Les gens arrivent de partout, certains portent leurs marchandises ou leur table sur la tête ou d’autres ont des carioles branlantes. Sur les marches de l’église c’est le marché aux fleurs, au centre le marché pour les locaux avec surtout de la bouffe, autour le marché touristique avec l’artisanat local. Plus loin une rue monte avec des kiosques de style marché aux puces puis en haut le marché aux cochons et celui des poules. C’est un vrai labyrinthe bruyant et aussi très coloré.»
«À tous les coins de rues, des enfants essaient de nous vendre des petites poupées avec un magnet dans le dos. Bien sûr, on n’a pas pu résisté et on a magasiné allègrement! Un peu après 9h, c'est la sortie de la messe quotidienne avec les cérémonies Maya et procession. Ils portent des statues décorées de fleurs et de plumes à travers la ville et font éclater de gros pétards.»
«Ça devrait être une petite journée, nous décidons donc de prendre le petit déjeuner à l’hotel vers 6h30. Comme d’habitude nous demandons la distance à parcourir afin de comparer les informations de notre carte. Nous obtenons une réponse très précise; “Bof, ça me prend 45 minutes en voiture donc ca doit être 45 km”. Je demande à Chrystine si on devrait acheter de la bouffe pour le lunch et Anne-Marie répond en riant -De toute facon on y sera pour midi!... -C’est généralement la réponse de Chrystine et c’est devenu une blague classique entre nous. Dans le même sens, si nous demandons aux locaux une description du chemin, c’est toujours “todo derecho” (tout droit) et “todo plano” (tout plat) mais ils ont une drôle de conception de ce qui est plat! Petite montée à la sortie de Chichi puis méga descente en lacets de 4 km qu’il faut évidemment remonter de l’autre côté… en triple! C’est pas la fin du monde car il fait plutôt frais et ce segment est très boisé. Les cuisses font mal et les pauses sont plus fréquentes. Les camions et voitures qui passent sont très étonnes de voir des vélos sur une pente pareille et nous font des signes d’encouragement. Nous commencons enfin à descendre et dès l’entrée à Solola, nous découvrons le lac Atitlan. Immense et bordé de plusieurs volcans éteints, nous faisons plusieurs pauses afin de contempler ce superbe panorama. Nous continuons de descendre (ça fait vraiment du bien aux cuisses) tout en regardant le lac grandir devant nous. Les panneaux indiquent une vitesse maximale de 40 km/h et c'est à 62km/h que nous passons deux voitures de police dont les policiers sont préoccupés à nous lancer des "buenos dias" avec un large sourire. Comme prévu, nous sommes à destination pour le lunch et nos ordinateurs affichent 40 km garnis d'une magnifique descente.
Journée de repos dans cette ville très touristique. Réveil à 7h assez difficile pour des Fées qui ont abusé de la Gallo ( une biere locale), mais ceux et celles qui me connaissent bien, savent que n’aime pas la bière. Nous prenons le bateau à 8h30 pour visiter trois villages autour du lac: San Pedro, Santiago et San Antonio. Journée tranquille ou se succèdent quelques siestes et séances de bronzage sur le bateau ainsi que de petites promenades dans les villages. Au fait, nous avons finalement trouvé de la crème solaire, il était temps car nous en étions aux dernières gouttes. Notre peau en a souffert quelques peu...
Après la belle descente qui nous a mené à Panajachel, il fallait "ressortir du trou" comme le dit si bien Anne-Marie. Et là, il pleut. Deux français qui sont aux mêmes hotels que nous depuis Chichicastenango nous demandent si on va rester un jour de plus a cause de la pluie... bein là, on n'a quand même pas apporté nos vêtements de pluie pour rien! Un gros 12 km de montée en lacets jusqu'à San Andres. Et les choses se compliquent. On voulait prendre une certaine route, mais trois personnes nous ont dit qu'elle était dangereuse. On choisit donc l'autre qui doit nous mener à la route Pan Americaine. La pluie s'arrête, mais le brouillard s'installe et on n'y voit rien. Ça monte et ça monte pendant 15 km. On voit passer plusieurs voitures de police quand une s'arrête. Un policier en uniforme et portant un fusil en sort et nous dit qu'on ne devrait pas être là, car la route est trop dangereuse sur toute la montée. Plutôt que de nous escorter, il nous laisse là! On n'y voit vraiment rien avec ce brouillard et j'ai peur de m'arrêter, mais mes cuisses n'en peuvent plus de monter. On fait un petit bout en marchant et on arrête un pick-up parce que la visibilité est vraiment trop réduite. Il est plein de marchandise, alors on lui demande à quel endroit se trouve le croisement et il nous dit juste là tout près. Au croisement, il y a plus de traffic et on trouve un pick-up pour nous emmener jusqu'à la route Pan Americaine. Et là ça monte toujours, mais ça descend aussi. Notre vitesse moyenne augmente et il y a une bande sur le cote qui nous permet de rouler en sécurité. Nous arrivons à Tecpan vers 15h, après 44km de vélo. À l'entrée du village, la pédale de Chrystine lâche. Elle arrive à la remettre, mais on ne sait pas si ça va tenir. La mienne tient toujours, mais mon guidon bouge et le moyeu de ma roue avant a du jeu. Heureusement qu'il ne reste qu'une journée de vélo. On a le temps de visiter les ruines d'Iximche, puis de déguster un taco en regardant un match de football sur la place du village.
Il ne pleut pas, mais le ciel est menaçant et il fait froid. Chrystine grelotte, mais moi je suis plutôt contente : c'est toujours mieux que la chaleur étouffante. On continue sur la route Pan Amercaine jusqu'à Chimeltenango, puis on s'en va vers Antigua, notre dernière destination. Comme d'habitude, ça monte et ça descend, mais on commence à avoir des mollets d'acier et on maintient une vitesse moyenne de 18km/h! Nous sommes très fières. J'ai atteint une vitesse maximale de 68km/h et Chrystine de 69,8. Après 56km aujourd'hui et 396km en 10 jours nous arrivons à Antigua. Nous célébrons notre accomplissement en dégustant une crème glacée sur la place centrale. Même si la partie vélo est terminée, le voyage n'est pas fini. Chrystine et Anne-Marie comptent monter un volcan actif samedi. Quant à moi j'espère trouver un vol pour les ruines de Tikal dans le nord du pays. Nous sommes toutes trois en grande forme et un peu tristes que l'aventure tire à sa fin, mais nos vélos ont vraiment besoin de repos!